Intervention à la réunion publique ADMD, le 24 mars 2012 au Cirque d'Hiver


Intervention à la réunion publique ADMD, le 24 mars 2012 au Cirque d'Hiver

Discours de Jean-Luc Romero
Réunion publique
Cirque d’Hiver-Bouglione – Paris
samedi 24 mars 2012

 
Monsieur le maire de Paris,
Mesdames et messieurs les parlementaires et les élus,
Chers amis, militants et sympathisants de l’ADMD,
 
 
 
Inutile de vous dire ma fierté et mon immense joie de voir ce Cirque d’Hiver bourré à craquer de celles et de ceux qui, dans le respect de leur conscience, demandent que la liberté individuelle de chacun soit respectée par les pouvoirs publics lorsque la fin de vie est là et que la mort pointe le bout de son nez. De celles et ceux qui demandent que les pouvoirs publics leur garantissent leur droit élémentaire de disposer de leur propre vie, de leur propre corps.
 
Car la question centrale de notre combat est bien la suivante : A qui appartient notre propre corps ?
 
Ce n’est pas faire insulte à nos amis franciliens  - et à ceux de ma délégation du 12ème ardt de Paris -de féliciter particulièrement celles et ceux d’entre vous qui ont fait un long et parfois laborieux voyage pour être ici cet après-midi, qui se sont levés aux aurores et se coucheront à des heures indécentes pour venir revendiquer cette Ultime Liberté qui est dans nos cœurs. J’ai croisé des militants de Midi-Pyrénées, du Nord-Pas-de-Calais, cette région qui m’a vu naître et pour laquelle j’ai bien sûr une affection particulière. D’autres des Alpes-Maritimes. Le centre de la France est bien représenté, également. Je vois des amis bretons. Je salue aussi nos amis d’outre-mer : Guadeloupe, Réunion, Martinique, Guyane. Merci. Merci à vous tous de montrer que l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité est résolument du côté de la vie, que nous aimons la fête, car c’est une fête que nous célébrons aujourd’hui, n’en déplaisent à celles et ceux qui veulent nous faire passer pour des adorateurs de la mort.
 
Merci aux Jeunes de l’ADMD - notamment à Geoffroy et Christophe qui ont beaucoup travaillé à la réussite de notre mobilisation - de nous rappeler que la fin de vie ne concerne pas que les plus âgés d’entre nous et que militer, c’est prévoir, anticiper, penser aux autres avant de penser à soi-même. Agir pour les autres. Nous avons tant besoin des jeunes, des forces vives pour convaincre, lutter, défendre nos positions en face d’obscurantistes liberticides.
 
Cet après-midi, après avoir manifesté- une première pour notre association ! - nous avons entendu des paroles. Certaines nous ont plu. Certaines nous ont flattés. D’autres nous ont laissés circonspects. Ces mots vont nous permettre de comprendre ensuite, en fonction des résultats de la toute prochaine élection présidentielle mais aussi la législative qui va suivre, le sort qui sera réservé aux citoyens de ce pays qui arriveront en fin de vie. Liberté de choisir les conditions de sa propre mort ? Ou bien infantilisation du patient en fin de vie et solutions clandestines – transgressives diront certains parlementaires-mandarins – pour trouver des petits arrangements plus ou moins compassionnels ?
 
Quoi qu’il en soit, même les plus belles paroles que nous avons reçues cette après-midi devront se transformer en actes dès le temps des élections – présidentielle puis législatives – achevé.
 
A toutes, à tous, je voudrai modestement donner trois conseils.
 
Le premier. N’ayons pas peur des mots. J’entends ici ou là, chez les responsables politiques comme chez certaines et certains d’entre nous, des hésitations devant le terme euthanasie. Ce n’est pas parce qu’il a été dévoyé par certains qu’il faut l’abandonner. On n’abdique pas devant l’adversaire, c’est un principe de citoyen libre et déterminé. D’ailleurs, ces hésitations ne concernent qu’une minorité de personnes et ne concernent pas le peuple dans sa grande majorité qui, lors des sondages réalisés, approuvent toujours largement l’éventualité d’une légalisation de l’euthanasie ; le mot euthanasie étant toujours inclus dans la question. Ce mot est le seul qui recouvre une réalité universelle et le seul que tout le monde comprend. Ce mot, qui veut dire la bonne mort, a été utilisé avant nous chez nos voisins qui ont légiféré (Pays-Bas, Belgique, Luxembourg). Ce mot est un beau mot. Ce mot est à nous. Ne le laissons pas dévoyer par nos adversaires.
 
Le second : N’ayons pas peur de la mort. Contrairement à tant de Français, quelques pisse-froid ont réagi violemment à notre campagne du début du mois de mars : des personnalités opposées à notre revendication de liberté clouées dans un lit de douleur. Pourquoi ? La mort est une certitude pour chacun d’entre nous. Pour 100% d’entre nous. Que nous représentions une inconnue intubée, alors tout le monde reste indifférent. Que l’on sache que près de 300 000 personnes meurent chaque année d’une affection de longue durée dont plus de 150 000 du cancer, dans notre pays, dont certaines dans des souffrances épouvantables, alors peu importe. Mais là, avec une représentation concrète du drame vécu chaque année par des dizaines de milliers de familles, certains crient au scandale. Mais c’est la souffrance et les tragédies absurdes qu’il faut condamner ! Pas une mise en situation anticipative. Cela doit renforcer notre détermination à agir pour que chacun puisse bénéficier de ses droits élémentaires de citoyen – disposer de son libre arbitre, être respecté dans ses volontés – comme cela se passe dans d’autres pays qui n’ont pourtant pas la réputation d’être des pays barbares, des pays de non-droit. Bien au contraire.
 
Le troisième : Refusons les souffrances inutiles. Il n’existe pas de droit à la mort, contrairement à ce que peuvent dire ou écrire des prétendus spécialistes de la question. Il n’y a qu’une seule obligation pour tous. Nous mourrons tous, que cela nous plaise ou non. Le droit que nous demandons, que nous réclamons, c’est celui de ne pas souffrir si telle est notre volonté. D’aucun nous ferait croire que ce temps de l’agonie est le temps du deuil, celui de la préparation à la disparition d’un être cher ? Balivernes. Ce temps, nous le rappellent fréquemment Paul et Danièle Pierra qui ont accompagné leur jeune fils Hervé, est le temps de l’horreur. Le temps au cours duquel sont fixées à jamais des images abominables. Indépassables. Inapaisables pour des parents aimants. Et que dire aussi du calvaire que subit Jean Mercier qui n’a fait pourtant qu’aider, en mari aimant, une épouse à bout de ses souffrances ?
 
Comme le relate si bien la courageuse et regrettée Marie Deroubaix dans un beau livre, pourquoi faudrait-il que nous soyons aux dernières limites de notre propre souffrance pour pouvoir être soulagés ? A l’image de Vincent Humbert, pourquoi faudrait-il ne peser plus que 30 kilos pour que l’on accepte enfin d’entendre notre volonté ? Pourquoi faudrait-il, comme la mère d’Eddie de Somer et de Rémy Salvat que nous pleurions pour que l’on nous croie enfin ?
 
Car bon sang, que je sache, la dignité humaine commande que chacun soit maintenu dans l’état sanitaire qui lui convient le mieux. Nous ne sommes pas prêts à tout accepter pour durer quelques jours de plus.
Pour le bien de qui ?
De nous-mêmes ? Mais nous sommes suffisamment adultes pour le décider nous-mêmes.
Pour le bien de nos proches alors ? Croyez-vous vraiment et sincèrement qu’ils éprouvent un quelconque plaisir à nous voir pourrir de l’intérieur ?
De nos médecins enfin ? Mais ils sont là pour nous aider, pour nous permettre de mieux vivre et donc de mieux mourir. Pas pour nous refuser notre liberté et nous maintenir prisonniers d’un corps qui se dérobe.
 
Lorsqu’Hugo Klaus bénéficie en 2008 en Belgique d’une euthanasie alors que la maladie d’Alzheimer le menace dans son intégrité d’homme de lettres, est-il dans une situation plus ou moins humaine que Chantal Sébire qui, en France, se suicide en catimini après avoir crié à la face du monde son envie de mourir car la maladie a ravagé son pauvre visage et son corps entier ? Quand je pense à tous ces donneurs de leçon qui ont jeté l’opprobre sur cette femme de courage, Christine Boutin poussant même le cynisme jusqu’à déclarer que l’on ne devait pas demander une aide active à mourir pour de simples questions esthétiques… Bel exemple de compassion humaine.
 
Je m’arrêterai là, mes chers amis, puisque vous avez entendu s’exprimer devant vous celles et ceux ou leurs représentants  qui, demain, dirigeront peut-être notre pays. Faites votre choix, réfléchissez. Imaginez-vous, peut-être, dans ce lit de souffrance. Que voudriez-vous ? Que serez-vous prêts à endurer ?
 
L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité réclame une loi depuis 32 ans qui permette à chacun de rester maître de son propre parcours de fin de vie. Bénéficier d’une aide active à mourir si c’est sa volonté exprimée. Accéder universellement aux soins palliatifs, aujourd’hui très peu disponibles compte tenu de la faiblesse des moyens qui, malgré les beaux discours et les vaines promesses du bon docteur Leonetti, leur sont consacrés. Être protégé jusqu’à son dernier souffle si c’est sa volonté, parce qu’un besoin personnel, familial ou spirituel le conduit à voir ce que sera demain.
 
Parce que la loi permet à chacun d’exercer sa liberté individuelle, permet de garantir une égalité de traitement et permet de prendre en compte les souffrances de l’autre, fraternellement, cette loi sera infiniment républicaine et basée sur notre devise Liberté, Egalité, Fraternité.
Liberté : Pour celle ou celui qui veut mourir le plus tard possible et ne demande pas une aide active à mourir. C’est d’ailleurs bien pourquoi nos adversaires devraient nous soutenir. Liberté pour le médecin qui ne veut pas pratiquer d’actes contraires à son éthique. Liberté bien sûr pour celle ou celui qui veut enfin partir car pour lui sa vie n’a plus de sens et n’est plus à ses yeux que de la survie et qu’il ou qu’elle a dit au revoir aux siens.
Egalité : Actuellement, si vous êtes dans certains milieux médicaux, vous pouvez être aidé. Actuellement, si vous avez les moyens, vous pouvez partir en Suisse et si je remercie fraternellement les associations suisses de nous recevoir, je refuse, tel un paria, de fuir mon pays pour mourir comme à d’autres époques des femmes devaient fuir en Suisse, aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne pour avorter.
Fraternité et solidarité  car on doit soulager les douleurs et les souffrances. Aujourd’hui, il n’est pas possible de les soulager toutes. Que dire aux 4000 personnes qui ont des douleurs réfractaires que rien ne peut soulager ? Sans oublier surtout les souffrances psychiques que rien ne peut non plus apaiser.
Mais qui sont ces gens qui refusent cette loi républicaine, qui nous disent qu’ils s’arrangeront de la transgression pour trouver une solution ? Nous ne voulons pas la charité. Nous ne voulons pas l’aumône. Nous voulons notre droit. Rien que notre droit. Tout notre droit. Celui de rester les maîtres de notre vie.
Car, quel principe supérieur existe-t-il dans une démocratie qui oblige à subir la mort sans pouvoir, au moins pour celles et ceux qui le souhaitent, la contrôler ?
Nos opposants me mettraient facilement en colère, si je ne voyais pas, si je n’entendais pas, là, devant moi, sur ces gradins, ces milliers de femmes et d’hommes, vous, mes chers amis, qui êtes là pour porter la joie de vivre, la liberté de nos convictions et la volonté d’être respectés dans notre dignité, y compris dans cette période de la fin de vie qui restera toujours, quel que soit notre choix, empreinte de gravité et d’émotion.
En 2012, réfléchissons, alors que « certains condamnés n’ont toujours pas le droit de voir leur peine écourtée », avant de donner nos voix à celles et à ceux qui refusent d’entendre notre demande.
En tous cas, vous pouvez être fiers de notre combat commun. Soyons fiers car nous y arriverons parce que nous y croyons et que nous représentons l’immense majorité des Français.
Nous y arriverons surtout parce que c’est juste et que ce que nous revendiquons est une loi républicaine qui s’inscrit dans la laïcité et respecte  les consciences de tous les Français. Une loi républicaine pour vous ! Pour nous tous !
Les Voleurs de liberté ne vous voleront pas votre ultime liberté. Ils ne nous voleront pas notre ultime liberté.
Mes amis, Nous sommes déterminés à obtenir une loi reconnaissant le droit de mourir dans la dignité et, comme nous le faisons aujourd’hui, il faut le crier haut et fort pour nous faire enfin entendre !
Nous ne devons pas avoir honte de défendre la Liberté. Au contraire ! Nous pouvons en être fiers. Alors, jusqu’en mai, jusqu’en juin, restons plus que jamais mobilisés ! Arpentons les marchés, parlons avec nos voisins, nos relations et nos amis
Car, OUI à l’ADMD, nous défendons la LIBERTE… L’Ultime Liberté.
La leur, la vôtre, la mienne, La nôtre !
Et cette liberté, plus que jamais, nous sommes déterminés à l’obtenir dès juin2012 !
Aujourd’hui, tout dépend de vous ! Tout dépend de nous !
Je vous remercie.
 
 
 
 
 
 
 
Jean-Luc Romero
Président de l’ADMD

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