Discours au Sommet AFRICITES 2003 au Cameroun, le 4 décembre 2003


Sommet AFRICITES 2003
 
Jeudi 4 décembre 2003
 
Palais des Congrès de Yaoundé (Cameroun)
 
Intervention de Jean-Luc Romero
Président d’Elus Locaux Contre le Sida (France)
 
 
 
 
 
 
Mesdames et messieurs les élus,
 
 
Permettez-moi d’abord de remercier très chaleureusement les responsables de l’Alliance des Maires et des Responsables Municipaux sur le VIH/sida en Afrique (AMICAAL) de m’avoir invité à cette session organisée dans le cadre du 3ème Sommet AFRICITES. Votre action remarquable est aujourd’hui essentielle.
 
Le sida est désormais la première cause de mortalité en Afrique avec 2,3 millions de morts en 2003 selon le dernier rapport de l’ONUSIDA, paru à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, il y a quelques jours. Notre session est donc importante et je regrette que beaucoup d’élus aient préféré majoritairement une autre session. C’est révélateur d’un certain malaise vis-à-vis de cette maladie, qui fait toujours très – trop ? – peur !
 
Pourtant, la mobilisation des élus municipaux et locaux m’apparaît, en effet, déterminante pour lutter contre ce terrible virus affamé de vies qu’est le VIH/Sida. Certes, la stratégie de mobilisation globale contre cette pandémie – la prévention et l’accès aux soins – revient d’abord à l’Etat, donc au gouvernement central : en Afrique, comme en Europe.
 
Mais, chacune, chacun d’entre nous - qui sommes des élus de terrain -, nous le savons bien, la proximité est essentielle. Cette maladie touche à ce que nous avons de plus intime, notre sexualité. Elle touche, en fait, à un tabou que nous n’aimons pas évoquer publiquement. A tort ! C’est pourquoi nous nous devons de nous mobiliser au plus près du terrain.
 
Cela fait plus de 22 ans que ce virus s’insinue dans nos sociétés tuant nos frères et nos sœurs. Et pourtant les fantasmes ont la vie dure ! Malgré toutes les campagnes que nous avons faites, il y a, à Paris-Ile-de-France, – région capitale dont je suis élu – encore 25 % de nos habitants qui pensent que l’on peut être contaminé par une simple piqûre de moustique, alors qu’ils n’étaient que 14 % à le croire en 1994. Et seuls 15,3 % de nos concitoyens accepteraient d’avoir des relations sexuelles, avec préservatif, avec une personne séropositive.
 
Face au recul de la connaissance du VIH par la population Française et de la tolérance vis-à-vis des personnes qui vivent avec le sida, nous avons décidé, pour la 1ère fois dans le monde, de créer une association d’élus contre le sida, en 1995, appelée ELCS, Elus Locaux Contre le Sida. Cette association représente aujourd’hui près de 13 000 élus Français de toutes tendances, car évidemment, le sida n’est ni de droite ni de gauche. On y retrouve l’actuel Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, la plupart des ministres, notamment le ministre de la coopération, Pierre-André Wiltzer. ELCS a essentiellement pour but de faire du lobbying auprès de leurs pairs pour qu’ils s’investissent, au quotidien, dans la lutte contre le sida.
 
Le choix de créer une organisation d’élus n’était pas un choix de défiance vis-à-vis des associations de patients. Bien au contraire ! Les associations ont eu un rôle exemplaire dans la lutte contre le sida, montrant même le chemin aux pouvoirs publics. Dans la prévention, la prise en charge des malades, ils ont joué et jouent un véritable rôle de service public. Mais en 1995, les trithérapies n’étaient pas encore arrivées et les responsables associatifs, dont la plupart étaient contaminés, mourraient. On sentait alors qu’ils avaient besoin d’être mieux accompagnés. Et qui pouvez mieux le faire que les élus, qui sont pour la plupart des bénévoles, et ont donc une fibre similaire aux militants associatifs, notamment la même envie de servir ? C’est donc, dans ce conteste, qu’est née notre association.
 
Pour aider nos collègues à s’investir, nous avons élaboré une charte comprenant une dizaine de propositions intitulées Le combat pour la vie. Ces propositions concernent la prévention, l’aide aux malades, mais aussi le nécessaire apprentissage de la tolérance, ce qui est encore, aujourd’hui, terriblement nécessaire.
 
Suivant l’engagement fort de notre Président de la République, Jacques Chirac, pour l’accès des malades des pays pauvres aux traitements, en 2000, nous avons décidé d’étendre notre action à la mobilisation à l’international : nous ne pouvions, en effet, accepter qu’il y ait deux sida : celui des pays riches qu’on soulage en grande partie et celui des pays pauvres où les malades meurent dans une indifférence glacée. Nous ne pouvions, non plus, accepter le seul discours de prévention qu’on nous donnait pour l’Afrique, car nous sommes persuadés, depuis toujours, que la prévention, le dépistage et les traitements sont indissociables : ils doivent être menés de pair.
 
Le lancement de cette mobilisation des élus locaux Français a eu pour point de départ l’amendement que j’ai fait adopter, à l’unanimité, au Conseil régional d’Ile-de-France par lequel nous engagions la principale région française à se mobiliser pour la lutte contre le sida dans nos accords de coopération décentralisée. Cet engagement se voulait un symbole car cette région est aussi celle qui est malheureusement la plus touchée du pays avec la moitié des cas de sida de toute la France.
 
A partir de ce vote, nous n’avons eu de cesse que de pousser de nombreuses collectivités à s’investir concrètement et, quelques mois plus tard, lors d’une manifestation d’ELCS, le maire de Paris, Bertrand Delanoë s’engageait aussi dans cette voie, ce qui constituait un second symbole important à nos yeux pour entraîner de nombreuses collectivités dans ce combat.
 
Aujourd’hui, beaucoup de mairies, de départements, de régions ont pris la mesure de la pandémie à l’international et, outrepassant souvent leurs compétences, ont suivi notre mot d’ordre de mobilisation mettant un volet sida dans leurs jumelages ou dans leurs accords de coopération, apportant une contribution de plusieurs dizaines de millions d’euros qui s’ajoute à l’effort important de la coopération française.
 
Pour revenir à la région dont je suis un élu, nous avons mené des actions au Mali, en Afrique du Sud, au Chili, à Madagascar, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Maroc, etc… Le CRIPS – Centre régional d’information et de prévention du sida – organisme financé essentiellement par la région Ile-de-France a aussi pris toute sa part dans cette mobilisation. A noter que la ville de Paris a engagé un million d’euros pour soutenir des programmes en Afrique, notamment un centre de prévention à Soweto, qui a ouvert ses portes, il y a quelques jours, un programme d’accueil au Burundi, au Bénin, au Burkina Faso, un programme de prévention et de diffusion de préservatifs dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, la création de Sida Info Service au Maroc.
 
Certes, l’engagement des élus locaux Français est encore modeste - trop modeste -, mais il veut accompagner l’effort de notre actuel Président de la République pour permettre à tous les malades d’accéder aux traitements dont ils ont besoin.
 
Lors du G8 d’Evian, Jacques Chirac a annoncé le triplement de la contribution française au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui passe ainsi de 50 à 150 millions d’euros, faisant de la France le deuxième contributeur après les Etats-Unis. Il est aussi complémentaire de l’engagement fort de nombreux hôpitaux Français dans le réseau ESTHER, qui se développe quotidiennement mais aussi du travail remarquable de l’ANRS - Agence Nationale de Recherche sur le Sida - qui consacre une part très importante de ses moyens aux problèmes spécifiques de la lutte contre le sida dans les pays en développement.
 
En conclusion, pour que les élus locaux Français s’engagent encore plus, nous avons récemment lancé une grande opération pour que le sida soit déclaré grande cause nationale en France, car nous savons que le désintérêt pour cette pathologie, que nous constatons incontestablement dans notre pays, aura à terme des conséquences graves sur notre mobilisation internationale. En novembre dernier devant quatre ministres Français et le Président de l’Assemblée nationale, nous avons ainsi rappelé, qu’au-delà des moyens financiers, ce dont la lutte contre le sida avait aujourd’hui besoin, c’est d’une volonté politique forte.
 
C’est aussi pour frapper les esprits et aider à une nouvelle mobilisation en France que j’ai annoncé publiquement que je vivais avec le sida depuis 18 ans. Jamais les élus et les responsables politiques n’osent déclarer leur séropositivité, comme ils n’écoutent pas suffisamment les personnes infectées ou simplement affectées et leurs représentants. En étant le premier élu Français à le dire et même à l’écrire dans un livre qui s’intitule Virus de vie, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de faire tomber un tabou. Que c’était aussi mon rôle de donner un visage inhabituel à la maladie, pour rappeler qu’elle touche vraiment tout le monde. Sans exclusive, que vous soyez grand ou petit, puissant ou faible.
 
J’espère que le geste que j’ai eu, en France, dans mon pays, aidera réellement ceux qui sont touchés et trop souvent mis au ban de nos sociétés à relever la tête et à vivre sans honte leur séropositivité et ainsi à mieux combattre leur maladie. Qu’il rappellera aux autres, aux élus notamment, à ceux qui ont la chance d’être épargnés, qu’outre la mort et la souffrance, le regard des autres qu’entraîne cette maladie peut être terrible et, parfois même, pire que le mal.
 
Je vous remercie.
 

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