27 mars 2007 : Session de printemps de la Chambre des pouvoirs locaux du Conseil de l’Europe


Intervention de Jean-Luc Romero
Conseiller régional d’Ile-de-France
Président d’Elus Locaux Contre le Sida
 
Session de printemps de la Chambre des pouvoirs locaux du Conseil de l’Europe
« La liberté d’expression et d’assemblée
pour les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels »
 
27 mars 2007
 
 
Monsieur le président,
Messieurs les rapporteurs,
Mesdames, Messieurs,
 
Tout d’abord, je souhaite remercier les organisateurs de la conférence de m’avoir invité à intervenir sur ce thème de la liberté d’expression et d’assemblée pour les lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels. Etant moi-même homosexuel, séropositif et militant des droits LGBT, je ne peux que saluer l’action du Conseil de l’Europe dans ce domaine alors que, il n’y a pas si longtemps, ce débat était totalement ignoré. Totalement tabou. Je crois important de rappeler que ce n’est qu’en 1982 que l’homosexualité a été complètement dépénalisée en France. De même, jusqu’en 1990, l’OMS classait l’homosexualité comme une maladie mentale. Elle a été déclassifiée il n’y a même pas 20 ans ! Quelle évolution depuis, quel bond en avant vers moins de discriminations et plus de tolérance ! Pas partout malheureusement puisque 74 Etat pénalisent encore l’homosexualité et 9 condamnent même à mort !
 
Personnellement, je participe, en ma qualité d’élu et de président d’ELCS, à la majorité des Gay pride en France. Ces manifestations, qui rassemblent plusieurs centaines de milliers de personnes dans la rue, sont en France désormais intégrées dans le paysage médiatique et citoyen. Toutes les populations y sont mêlées : homos comme hétéros, jeunes comme seniors. Au-delà de la musique, des rires, des sourires, au-delà du moment de fête et de convivialité, ces Gay pride sont un temps de mobilisation et l’occasion d’affirmer haut et fort un certain nombre de revendications. Elles sont porteuses d’un message politique sur la tolérance, la lutte contre les discriminations et l’égalité des droits. La très grande majorité des ces événements reçoit le soutien des élus nationaux et locaux. Il faut voir le carré de tête de la Gay pride à Paris, c’est la cohue des têtes d’affiche nationales ! Même si une partie de la classe politique y reste encore réticente.
 
Mais, nous le savons bien, cet enthousiasme politique, populaire et citoyen n’est pas partagé dans toute l’Europe, notamment en Europe orientale. Je peux en témoigner directement puisque j’étais, avec de trop rares élus, à la première Gay pride de Moscou, le 27 mai dernier. Cette Gay pride était, ou en tout cas devait, être le symbole fort d’une mobilisation pour l’égalité et la tolérance. Mais, suite aux menaces des autorités religieuses de tous bords appelant expressément à la violence et à l’intransigeance du maire de Moscou - et ce malgré l’appel de personnalités de premier plan -, il avait été décidé par les organiseurs de réduire l’ampleur de la manifestation. Deux opérations symboliques étaient prévues : un dépôt de fleurs auprès du monument dédié au soldat inconnu et la remise d’une lettre ouverte au maire de Moscou. Ces opérations ont été empêchées par des milices ultranationalistes et des religieux extrémistes qui nous ont violemment attaqué. Permettez-moi de relever l’attitude que je qualifierai au mieux d’ambiguë de la police moscovite. J’estime qu’elle n’a pas fait son travail et qu’elle a, au contraire, laissé faire. Dès mon retour, je m’en suis d’ailleurs plaint au Ministre français des affaires étrangères.
 
Cet exemple de la Gay pride de Moscou est loin d’être unique, vous le rappeliez. Vous parliez notamment des problèmes rencontrés en Pologne. Je crois là que, aussi bien en Russie qu’en Pologne ou ailleurs, la responsabilité du politique est engagée.
 
En effet, le fait que les autorités politiques locales refusent le droit de manifester pour revendiquer des valeurs d’égalité et de tolérance est le signe d’une société qui n’avance plus et une société bloquée est une société qui n’est pas démocratique. La démocratie ce n’est évidement pas qu’une coquille institutionnelle mais c’est la société des droits de l’homme. Les libertés fondamentales - notamment de manifester - sont la substance même d’une société démocratique. La démocratie c’est la vie, c’est le mouvement, c’est une société qui vibre, la démocratie c’est vivant ! Alors oui, les autorités politiques doivent savoir écouter et laisser un espace public aux opinions qui fâchent, qui heurtent et qui dérangent et ce, dans la seule et unique limite du respect des institutions démocratiques.
 
Le rôle des élus locaux est central : doit-il suivre les plus rétrogrades et se retrancher derrière cette notion indéfinissable et mouvante de moralité publique pour interdire ce genre de manifestation ou, au contraire, lui appartient-il d’être un précurseur et de faire avancer la société ? La réponse est évidente, l’élu doit aller dans le sens du progrès, je n’ose dire dans le sens de l’histoire. Concrètement, il est de son devoir de faciliter la tenue de ces manifestations : être élu est une belle chose, qui attire les regards et les honneurs. Mais si l’on s’arrête là, on n’a rien compris ! Etre élu, notamment local, c’est une charge, des devoirs, une responsabilité. Nous sommes au service de tous et pas uniquement de ceux qui ont voté pour nous ni de ceux qui crient le plus fort. Etre élu, c’est vouloir faire avancer une société !
 
Pour conclure, j’aimerais élargir un tant soit peu mon propos. Je crois avoir été assez clair sur le devoir qui était le nôtre en tant qu’élu local d’autoriser et de faciliter la tenue des Gay pride. Plus largement, je souhaiterais également proposer deux autres axes de travail qui ne sont pas directement des opérations de visibilité, mais qui seraient tout aussi efficace et complémentaires. En premier lieu, je crois nécessaire que les élus locaux aient le courage de mettre en place une vraie politique d’éduction à la différence et à la tolérance via l’organisation de modules d’éducation à la sexualité dans les écoles : c’est une urgence humaine - permettez-moi de rappeler ce terrible chiffre : en France, un jeune homosexuel a 13 fois plus de risque de faire une tentative de suicide qu’un jeune hétérosexuel -. Mais ce serait également un outil très intéressant de lutte contre les discriminations. La région Paris-Ile-de-France a créé un Centre régional d’information et de prévention du sida (CRIPS) qu’elle finance en grande partie et qui forme 90% des lycéens d’une classe d’age à la sexualité, aux IST et à la lutte contre les discriminations, notamment l’homophobie et le sexisme. De même récemment, le CRIPS a lancé, à grand renfort de publicité, un grand concours de scénarios contre les discriminations dans toute l’Ile-de-France.
En second lieu, il est nécessaire que l’Etat punisse l’homophobie : pourquoi ne pas faire comme en France où une loi punit les propos homophobes ? L’homophobie est une atteinte profonde à la dignité de la personne dans son identité tout comme l’est le racisme et l’antisémitisme. Les élus locaux doivent pousser leurs collègues au Parlement dans cette voie, comme ils doivent créer localement des observatoires des discriminations. Car il ne peut y avoir de hiérarchie entre les discriminations. Racisme, antisémitisme, sexisme, homophobie, transphobie procèdent du même processus inacceptable de rejet. Un élu national a d’ailleurs été condamné en France sur cette base. Ces deux axes basés sur l’éduction et la répression sont indissociables.
 
Mais, avant tout, le symbole fort serait que, en Europe, les autorités politiques de chaque pays ne se retranchent pas derrière de faux prétextes (ordre public difficilement assurable, moralité publique…) pour interdire les Gay pride mais qu’au contraire, elles comprennent que ces manifestations sont le reflet d’une société démocratique qu’il leur appartient d’assumer et de protéger.
 
Je vous remercie
 

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